L'age gras

Publié le par Soline

L'âge gras
 
 

A cette époque de ma vie
A l'âge gras de l'adolescence
J'ai voulu m' rogner quelques plis
Epargner un peu la balance
 
J'en avais trop lourd sur le corps
Je voulais vivre dans du trente six
Et pour changer ma garde-robe
J'ai du faire quelques sacrifices
 
J'étais frustrée de temps en temps
En fait chaque fois qu' sonnait midi
Je n'aimais pas c' nouveau passe-temps
Faire des calculs de calories
 
Alors,
J'ai fait en sorte d'en avoir
Chaque jour un peu moins à compter
J' prenais du temps pour concevoir
Le déroulement de mes journées
 
Les repas en guise de fil rouge
Y m' restait plus qu'à inventer
Des stratégies qui tiennent debout
Afin d' pouvoir les éviter
 
J' planais toute fière de mes succès
Voyant l'aiguille dégringoler
Le miroir, lui, réfléchissait
Sur ma souffrance anesthésiée
 
J' voyais toujours la grosse Sév'rine
Avec ses plis et ses recoins
J' voulais un physique de ball'rine
Il fallait qu' je sois mieux que bien
 
Je rêvais du vers solitaire
Comme animal de compagnie
D'ailleurs,
J'enviais les malades du cancer
Tout minces allongés dans leur lit
 
Toujours perchée sur la balance
Pour suivre l'avancement des travaux
Un self contrôle en permanence
Je vous jure c'est un vrai boulot
 
Voilà qu' je fondais dans le décors
Laissant derrière moi mes kilos
Cependant j'ignorais encore
Qu' j'allais perdre mes amis... aussi !
 
Pas besoin de leurs mises en garde
Je savais tout d' la diététique
« Tu sais t'as rien d'une grassouillarde,
Fais toi plaisir et viens chez Quick »
 
N'ayant plus rien à partager
Avec tous ces gens affamés
J'avais du temps pour gambader
Dans ma nouvelle vie allégée
 
Mon nouveau corps était avide
De tout c' qui avait goût de sport
Et comme ça chassait les lipides
Je lui f’sais faire beaucoup d’efforts
 
J'avais du pouvoir sur mon corps 
J' étais dev’nue seul maître à bord
Je décidais s’il avait faim
Je décidais de ses besoins
 
J'avais du pouvoir également
Sur les rares gens qui m'entouraient
Qui affolés mais impuissants
Voyaient mon corps se décharner
 
Pleine d'énergie et toute guillerette
Je voulais battre des records
C'était trop bon pour que j'arrête
J' voulais maigrir un peu encore
 
J'aurai voulu qu'on s'extasie
Qu'on me jalouse et qu'on m'envie
« Wahou Sév'rine, t'es bien gaulée
Tu as les os bien dessinés »
 
Mais,
J'étais malade on m'a soignée
Je n' peux même pas vous dire comment
Toute cette période j' l'ai oubliée
Je crois qu' c'est grâce à mes parents
 
A présent j'ai quelques rondeurs
J'suis grassouillette c'est ma nature
J' tairai la taille d' mon débardeur
Et d' mon soutif à armatures
 
Certains peuvent manger tout c' qu'ils veulent
Sans d'voir desserrer leur ceinture
Moi paraît qu' je tiens d' mes aïeuls
Sûr'ment une histoire d'ossature
 
 
Séverine, le 15 Avril 2004   
 
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Publié dans Chansons

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