Pigeon voyageur
Plantons le décor :
- une salle des fêtes en plein coeur d'une petite ville du pas de Calais (là où les gens ils porlent cômme châ)
- un vendredi midi pluvieux
- une bonne centaine de mômes affamés
Ayé, vous visualisez ? Est-ce la peine que je précise que chez nous, Julien Courbet il a de quoi tourner tout plein de reportages ? Non ? Ok... alors je continue.
C'était donc un vendredi comme tant d'autres... humide et bruyant.
J'étais en train de persuader steeven (ouais, dans le Pas de Calais, les enfants ont souvent des prénoms américains, ptete pour montrer que les gens d'ici sont ouverts sur le monde... allez savoir) qu'il fallait qu'il goûte à sa soupe, que ptete il allait aimer (sait-on jamais), qu'il ne pouvait pas savoir s'il ne goutait pas, et je le motivais en lui disant que les légumes c'était super méga important pour la santé. (Je me sens toujours un peu mal à l'aise après quand il faut que je dise à la dame de cantine que je ne prends pas de soupe... mais bon j'ai 28 ans, moi je sais que je n'aime pas les morceaux dans le potage. Steeven, lui, il est encore trop petit pour en être vraiment sûr...)
Bref j'essayais de faire manger un peu Steeven quand une dame de cantine vient m'apporter un ptit mot plier en tout petit...
Je me suis demander ce que c'était que ce plan foireux, mais en même temps j'étais toute contente, ça mettait un peu de mordant dans ma journée, somme toute très banale. J'ai pensé que c'était ptete pour m'avertir discrètement de ragots qui se disaient à mon encontre (c'est une dame avec laquelle je m'entends relativement bien), ou alors une déclaration d'amour de je ne sais quel mec qui bosse ou déjeune à la cantine chaque midi (...) ou une mise en garde contre je ne sais qui ou je ne sais quoi...
J'ai déplié le ptit papier et...

Au dos c'était signé "Timothy".
J'étais toute émue ! Timothy, c'est un ptit garçon qui était dans mon école il y a deux ans. J'ai trouvé ça vraiment tout mimi.
J'ai regardé à l'autre bout de la cantine, je l'ai cherché des yeux. Je lui ai envoyé un bisou avec ma main pour lui dire merci.
Quelques minutes plus tard, rebelotte. Cette fois-ci, c'est Kimberley qui ne voulait pas manger de carottes vichy, elle ne voulait que de la semoule.
J'ai ressorti mon ptit baratin et hop, la "pigeonne voyageuse" est réapparue.

Re-bisou de la main...
Lorsque j'ai eu fini de desservir, j'ai quitté quelques minutes les enfants de mon écoles pour aller remercier mon gentil petit admirateur.
Je me suis agenouillée auprès de lui, pour discuter un peu. Et là il s'est jeté dans mes bras. J'ai eu le droit à un énorme calin qui fait du bien. (Maîtresse heureuse)
Je suis ensuite retournée vers les miens. Il était l'heure de rentrer à l'école.
En partant j'ai apperçu mon pauvre Timothy, les mains sur la tête contre le mûr.
Il n'a donc pas changé...