La vieille bigote
La vieille bigote
Une élégante décrépie
Soupait dans le même restaurant
Que celui qu’on avait choisit
Pour y dîner amoureusement
Un homme discret l’accompagnait
A qui le gris était seyant
Si j’avais eu 50 balais
J’aurai pu le trouver charmant
Et pendant qu’il se sustentait
Madame fit la conversation
Nous n’eûmes pas à faire les discrets
Pour entendre son allocution
Car l’adjudant parlait si fort
Qu’on ne pouvait faire autrement
Que de l’entendre dire ses horreurs
Que d’ouïr tous ses geignements
La vieille bigote se plaignait
De durillons, de ses oignons
Il est probable que son galant
Ne fût pas tout à fait correct
Médiocrement compatissant
Il semblât que rien ne l’affecte
S’il eût fait son petit chrétien
Nous aurions mangé calmement
Mais la vieille manquant de soutien
Prit à parti le restaurant
Elle aboya de viles critiques
Allant jusqu’à montrer l’ dentier
Lui-même sujet à polémiques
Du fait d’ leur mutuelle bon marché
La vieille bigote se plaignait
De son tout mou, de son grippe-sous
On eut pu croire que ce soir là
Ce fût la fête de ce pauvre homme
Mais ce n’est pas c’ qu’il arrosa
En soufflant sur la tarte aux pommes
L’éclopée toute protocolaire
Lui chanta, il fallait oser,
Un joyeux « bon anniversaire »
Puis se remit à rouspiller !
Mais elle ne sembla pas comprendre
Qu’il pût se mettre à son chevet
Si elle fût douce et un peu tendre
Il eût annulé ses congés
La vieille bigote se plaignait
D’être lâchée, d’être humiliée
Quand vint l’ moment d’ payer la note
Chacun compta ce qu’il devait
Jusqu’à la moindre gorgée d’ flotte
Tout fût exactement chiffré
Puis dès qu’ils eurent passé la porte
Nous pûmes savourer notr’ soirée
En gardant tout d’ même sur le cœur
De la peine pour ces mal mariés
La vieille bigote est toute blessée
La vieille bigote est toute bougon
La vieille bigote a mal aux pieds
Mais ce ne sont pas nos oignons
Soline, le samedi 22 juillet 2006 à 9h13.
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